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Au Cerisier

Néolithique, Age du Bronze, Antiquité
Responsable d'opération : Marie Laroche

Détails

La fouille s’est déroulée sur la commune de Saint-Aubin-de-Médoc en Gironde, au lieu-dit « Au cerisier », préalablement à l’aménagement d’une déviation réalisée sous la maîtrise d’ouvrage du Département de la Gironde.

Le diagnostic réalisé par l’Inrap en mai 2015 signalait la présence de vestiges archéologiques appartenant au Néolithique récent (culture Matignons) et au Bronze moyen, dans deux zones distinctes du tracé de la déviation. Ces découvertes en contexte forestier, en marge des sables des Landes, sont rares et les périodes identifiées demeurent peu connues dans la région. Ces éléments ont entrainé une prescription de fouille archéologique préventive émise par le Service Régional de l’Archéologie de la région Nouvelle Aquitaine. Elle concerne deux secteurs distants de plus de 500 m l’un de l’autre : le secteur nord d’une superficie de 7 000 m² et le secteur sud de 12 500 m² soit une superficie globale de près de 2 ha. 

Les vestiges sont localisés généralement dans la moitié inférieure d’un niveau de sable légèrement compact, de teinte brune à brun-jaune, perturbé par un réseau racinaire très important, appelé UPS3. Ce niveau est surmonté par un sable riche en matière organique de couleur brune à grise (UPS2) et un sable brun très foncé à noir, fortement chargé en débris de végétaux et matière organique (UPS1).

Au total, le site a livré 155 structures en creux : 53 en zone sud et 102 en zone nord.
La zone sud est la plus arasée. Seul le fond des fosses est conservé. Le mobilier est rare et ne permet que peu d’attribution chronologique. Trois structures appartiennent à l’époque médiévale, vers le XIIIème siècle de notre ère. Au sud de cette zone quelques faits archéologiques se rattachent à l’âge du Bronze (moyen et/ou final), dont un puits. D’une profondeur de 8 m, cette structure circulaire entame un imposant niveau d’argile sableuse gris clair à blanche. Ce niveau argileux n’a été repéré nulle part ailleurs sur l’emprise. La composition du comblement du puits indique que l‘eau n’a jamais été présente. Soit il s’agit d’une tentative de puits à eau avortée, la nappe phréatique étant bien plus basse, soit il s’agit d’un puits d’extraction d’argile. Pour l’instant, aucun élément ne permet de trancher entre ces deux hypothèses.
Enfin, à l’ouest de la zone sud, une petite concentration de mobilier a été repérée et fouillée manuellement sur une superficie d’environ 30 m². Plus de 140 artefacts ont été enregistrés. Il s’agit principalement de fragments de céramique attribués au Néolithique récent / final. Les vestiges sont majoritairement en position oblique ou verticale et situés à proximité d’un fond de fosse qui a également livré du mobilier. Ces artefacts sont remaniés et révèlent que dans la zone sud aucun lambeau de sol d’occupation n’a été préservé.

Dans la zone nord les données sont différentes. En effet, la densité de mobilier répartie dans les différentes UPS est plus significative. Les plus fortes densités apparaissent dans la moitié inférieure de l’UPS 3 et les structures, quelle que soit leur période, s’ouvrent dans cette même UPS. Les vestiges en creux sont mieux conservés et atteignent pour certains, jusqu’à 60 cm de profondeur.
Au nord de la zone, une trentaine de structures marquées par des calages verticaux de fragments de TCA sont à rattacher à l’Antiquité (époque augustéenne). Leur fouille a été réalisée en collaboration avec la société HADES. Aucun creusement n’est clairement visible, tant la différence entre encaissant et comblement est impossible à distinguer. Pour autant, ces éléments de calage correspondent à des trous de poteau. Ils ne se répartissent pas de façon organisée et aucun schéma de bâtiment ne se dessine. Des fosses et un épandage de mobilier sont aussi associés à cette occupation augustéenne. 
Au même niveau d’apparition que les vestiges antiques, des structures en creux du Bronze final ont été identifiées dans la zone sud. Deux d’entre elles ont livré des restes carpologiques carbonisés.
Enfin le Néolithique récent / final est présent essentiellement au sud de la zone. Il se compose principalement d’épandages de mobilier bien mieux conservés qu’en zone sud, avec une majorité d’artefacts positionnés à plat. L’épandage ST208 montre une très forte densité de tessons de céramique sur moins d’une dizaine de centimètres d’épaisseur et une vingtaine de mètres carrés. Des bords, des fonds plats, des anses en boudin, des languettes ainsi que des silex taillés composent le corpus. A proximité de cette forte densité d’artefacts, un vase de stockage encore en place dans l’UPS3/4 a été mis au jour. Il est possible que ce vase s’insère dans une fosse dont les limites ont totalement disparu. Les bords du vase sont à la même altitude que l’épandage de mobilier. Le vase a été protégé et prélevé en bloc afin d’être fouillé en laboratoire, en raison de son mauvais état de conservation. Enfin, dans ce même secteur, plusieurs vases écrasés sur place ont été découverts. Tous ces éléments témoignent d’une occupation appartenant à la fin du Néolithique, mais aucun élément discriminant ne permet de trancher entre le Néolithique récent ou final. Les études de mobilier qui seront prochainement engagées, ainsi que les datations AMS, permettront de mieux caler les contextes chronoculturels de ces vestiges. 

Ces résultats sont exceptionnels au vu du contexte taphonomique et environnemental. En plus d’un riche corpus de mobiliers (céramique, lithique…), des résidus de niveaux d’occupations néolithiques et antiques ont été très ponctuellement conservés en zone nord. Le secteur médocain étant peu documenté pour les périodes représentées sur le site, le résultat final de ces travaux devrait permettre un renouvellement important des connaissances. De même, les nombreux restes anthracologiques et carpologiques nous offrirons la possibilité de reconstituer, au moins partiellement, l’environnement dans lequel ont vécu ces différentes communautés humaines.